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"Killer Joe" de William Friedkin


"Killer Joe" de William Friedkin

Avant d'être les deux derniers films de William Friedkin, "Bug" et "Killer Joe" étaient étaient des pièces signées Tracy Letts, dramaturge américain, Prix Pulitzer 2008. Les deux semblent s'être parfaitement trouvés, et tel Heckel & Jeckel revisitant Hansel & Gretel (la pièce a fort à voir avec le conte de Grimm), ils délivrent leurs entretiens en binôme.

"Killer Joe"

Un film de William Friedkin

Avec Emile Hirsch, Matthew McConaughey, Thomas Haden Church

USA / 2011

Compétition

On l’a vu en effet enchaîner un film de tribunal ("L’Enfer du devoir", 2000), un survival au grand air ("Traqué", 2003) et enfin une adaptation théâtrale qui témoignait qu’il pouvait être à nouveau un cinéaste fou furieux ("Bug", 2006). Cinq ans après ce retour en grâce, Friedkin cesse de jouer les girouettes et préfère capitaliser, en ayant à nouveau recours, pour "Killer Joe", à une pièce du dramaturge Tracy Letts.

Au motel miteux de Bug succède un trailer park texan (un village de mobil home), autre emblème American White Trash. C’est donc principalement dans l’espace exigu d’un mobile home que Friedkin va déclencher son nouveau tourbillon, à mi-chemin entre le conte de fée déviant et la comédie grotesque.

Un dealer à la petite semaine (Emile Hirsch) engage un flic tueur à gages (Matthew McConaughey) pour éliminer sa mère, espérant ainsi récupérer l’argent de la police d’assurance. Problème : comment régler l’avance du contrat quand on est à ce point fauché, et que le paternel, mis dans la confidence, n’est guère mieux loti ? En apportant au tueur une caution, qui, family business oblige, sera la petite sœur ado (Juno Temple).

Moins inspiré formellement que dans "Bug", (notamment pour les scènes en extérieurs, où il sort en pantoufles), Friedkin (qui est lui-même un remarquable performer en conférence de presse) semble en revanche pouvoir obtenir ce qu’il veut de ses acteurs, bien au-delà des limites de la bienséance, jusqu’à un final halluciné et outrageux, où un pilon de poulet frit resté en travers de la gorge de certains spectateurs vénitiens, n’engageant guère à l’ouverture prochaine d’un KFC sur le Lido.

Texte et sujet : Bertrand Loutte


Date de première diffusion : Ven., 9 sept. 2011, 20h00

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